Appelé le "Grand Noir", Mahakala est particulier au Tibet et est appelé Mong- po, et fut accepté comme divinité tutélaire de Mongolie au XVIIème siècle sous le nom de Yeke Gara, sous l'influence tibétaine.

Son nom chinois, Dahei Wang ou Dahei Tian (大黒天)  n'est que la transcription du nom sanskrit maha (grand- Da en chinois), Kala (noir- Hei) rajoutant Wang signifiant roi. Dahei Wang 大黑王 Le grand roi noir , ou Dahei Tian Grand ciel noir.

Mahakala n'a jamais fait l'objet d'un culte en Chine même.

Au japon , principalement dans l'école Shingon, où son image semblerait venir de Mongolie, et répondant au nom de Daikokuten (大黒天, Grand ciel noir) ou simplement Daikoku (Grand noir), il n'a pas le même symbolisme et fut vénéré à partir du XVIIème siècle comme une des 7 divinités du bonheur avec Ebisu, Benzai Ten, Bishamon ten, Fukurokuju, Jurôjin et Hotei, groupe hétéroclite formé de divinités appartenant aussi bien au bouddhisme et au taoïsme chinois artificiellement créé au XVIIème siècle par le moine Tenkai mort en 1643 (Nom postume Jigen Daishi)

Au Tibet Mahakala est à la fois un Dharmapala et un dieu protecteur (Yi dam).

Les Dharmapala sont les protecteurs du Dharma, gardiens des enseignements.

Ce nom désignant les déités assumant la tâche de protéger les pratiquants et les enseignements dans le vajrayana et le dzogchen.

Trés nombreux et divisés en plusieurs classes, ces protecteurs consituent un ensemble impressionant de déités soit masculines, soit féminines. Certaines ayant une apparence paisible , la plupart montrant une apparence corroucée, montrant ainsi leurs puissances et leur dévouement à la protection des enseignements secrets et veillant à dissiper les obstacles sur la voie spirituelle.

Deux grandes classes de protecteurs sont distinguées: Les protecteurs de sagesse ou supra mondain dont fait parti le groupe de Mahakala et les protecteurs mondains.

Le groupe de Mahakala comporte 75 formes toutes couroucées dont 6 sont les plus importantes.

Mahakala à 6 bras ( mGon-po phyag-drug-pa): Protecteur des mongols,  émanation d'Avalokitesvara, important protecteur de la secte Shangpa Kagyü dont la pratique fut initiée au Tibet par Khyoungpo Neldjor, et introduite par la suite chez les Guélougpa.

Il est représenté debout sur Ganesh,ou piétinant deux éléphants,  brandissant de ses mains de droite un mala composé de crânes et un damaru, dans celles de gauche un trident, un lasso, les deux dernières mains devant lui tenant à droite une lame courbe et à gauche une coupe crânienne (kapala).

Parfois il est représenté avec une tête de buffle.

Une de ses formes particulières est Mahakala blanc dit Cintami, lié à la prospérité, tenant une lame courbe damaru et joyau qui exauce tous les souhaits à droite, trident, crochet et coupe crânienne emplis de joyaux à gauche.

Mahakala à quatre visages et à quatres bras (mGon-po zhal- Bzhi-Pa):

Epée à droite, trident à gauche, lame courbe et coupe crânienne devant lui.

Relié aux tantra de Guhyasamaja et de Cakramvara, surtout pratiqué chez les Sakyapa et Gelougpa.

Mahakala à quatres bras (mGon-po phyag-bzhi-pa): lié aux traditions tantriques dites de Nagarjuna et dAryadeva, l'un des principaux protecteurs de l'école Guélougpa.

Mahakala de la tente (Gur-mgon): A deux bras, tenant une lame courbe et la coupe crânienne, et, entre les deux bras, un baton magique. Cette forme est spécialement invoquée par les nomades tibétains et dans l'école Sakyapa.

Mahakala le Seigneur Hermaphrodite (mGon-po-ma-ning): A deux bras, brandit une lance et un coeur, est habillé d'une longue cape et arbore une chevelure de serpents. Il est le protecteur spécifique des tantras anciens de l'école Nyingmapa.

Mahakala à la cape noire (mGon-po-ber-nag-san): trapu à large tête, deux bras, tenant lame courbe et coupe crânienne, habillé d'une longue cape noire, est le protecteur spécifique des Karmapa.

Une autre forme le fait apparaitre comme protecteur de la science, de couleur bleu foncé, il est représenté assis sur un être humainet tient un trident

Les significations de ces attibus ne sont guère certaines et peuvent varier selon les interprétations. De nombreuses légendes tibétaines et mongoles lui sont associées, tendant à expliquer ses divers aspect.

Mahakala est classiquement de couleur noire. Tout comme toutes les couleurs sont absorbées et dissoutes dans le noir, tous les noms et les formes sont dits se fondre dans ceux de Mahakala, ce qui symbolise sa nature globale et complète. Le noir peut représenter aussi l'absence totale de couleur, et encore dans ce cas il signifie la nature de Mahakala comme ultime ou réalité absolue. Ce principe est connu en sanscrit comme « nirguna », au-delà de toute qualité et de toute forme, et il est symbolisé par les deux interprétations.

Mahakala est presque toujours représenté avec une couronne de cinq crânes, qui figurent la transformation des cinq kleshas (les afflictions) dans les Cinq sagesses de Bouddha.

Mantra de Mahakala OM MAHAKALA HUM PHAT

Au Japon Mahakala présente deux aspects bien distincts: La forme en relation avec le bouddhisme et la forme populaire. Il n'est pas certain que l'aspect populaire , bénin et bienfaiteur, dérive de l'autre, ni même soit en relation avec le personnage tibétain. Daikoku ten, couramment vénéré au Japon, semble être la "bouddhisation" d'un kami local, selon certains,Ôkuni- nushi no mikoto, kami shintô de l'agriculture ou du "grand pays".

Sauf sur quelques mandalas, où il figure avec trois têtes et six bras dont deux tirent au dessus de sa tête le voile de la nuit,  il est au japon rarement représenté sous sa forme tibétaine ou népalaise. Ses cheveux sont hérissés et il a une apparence à la fois horrible et furieuse.

Dans ses autres mains droites, il tient une tête de démon par les cheveux, un glaive, ou un crochet, et dans ses autres mains gauches la dépouille d'une gazelle (aspect de Shiva) et un glaive.

Son aspect populaire semble appartenir plus au shintô qu'au bouddhisme. Il est alors essentiellement un des sept dieux du bonheur (Shichifujin).

On trouve cependant son effigie dans les cuisines des monastères bouddhistes, où il est chergé de pourvoir à la nourriture des religieux, emprunt des moines à la religion populaire.

Formes en relation avec le bouddhisme

Représenté avec trois têtes:  la sienne plus celles de Vairoshravana et de Sarasvati, forme appelée Sanmen Daikoku (Daikoku à trois têtes), montée sur un sanglier.

Selon le Butsuzô zu i, ouvrage de description des divinités japonaises du bouddhisme, datant de 1783, il y'aurait eu six formes de Daikoku ten appelés Roku daikoku ten

Formes populaires.

Représenté généralement comme un homme assez gras en signe de prospérité, souriant, un gros sac sur l'épaule ou bien posé à côté de lui et que des rats grignotent.

Assis ou debout sur des balles de riz, il a un air affable, porte un chapeau de paysan japonais et tient les mains sur les hanches.

Les lobes de ses oreilles sont enflés.

Il porte souvent dans la main droite un maillet en bois appelé uchide no kozuchi, qu'il secoue pour obtenir des richesses en abondance.

Son gros sac est réputé contenir la sagesse et la patience, vertus trés appreciés des japonais.

Son effigie toujours trés vénérée, est souvent portée comme un talisman.

En tant que dieu de la prospérité, on lui attribue la vertu de la fortune.

Son image, sous le nom de Kôjin sama, est devenue celle du kami shintô de la cuisine, car dans l'esprit populaire Kôjin est identique à Daikoku ten.

C'est ainsi que les images de Daikoku ten placées dans les cuisines furent appelées Kôjin et inversement.